à propos de Felix Haspel
page27_1

Felix Haspel

Le peintre, sculpteur, aquarelliste et tisserand tapissier, Félix Haspel, fut professeur d'art textile pendant plus de 25 ans à l'académie des Beaux Arts de Vienne. Il se consacre, maintenant, depuis les années 1980, au Sahara. Lors de ses longs voyages, il pénétra même jusque dans les zones les plus reculées du désert Nord Africain. L'ensemble de son œuvre est marqué tout entière par les sons, les odeurs, les nuances de lumières et de couleurs omniprésentes dans le désert.

Tapisserie

Félix Haspel est un artiste textile. S'il aime à créer des sculptures de fer ou de pierre, il se considère avant tout comme un artiste textile.
En effet, ayant été l'élève du professeur Josef Schulz, un des précurseurs de la tapisserie moderne en Autriche, il se consacra rapidement, après son admission à l'académie des Beaux Arts, à la tapisserie. De plus, l'exposition des gobelins français modernes de Jean Lurçat à Vienne et la participation d'artistes autrichiens à la renaissance de l'art textile influencèrent beaucoup Félix Haspel dans ce choix d'expression artistique. Aujourd'hui, Félix Haspel peut se considérer comme un des artistes textiles majeurs en Autriche. Il a trouvé un langage artistique tout à fait particulier en « jouant » avec la luminosité des couleurs de la laine pour que chacune de ses tapisseries deviennent une « peinture » à part entière. C'est pour cela, que Félix Haspel, contrairement aux autres artistes, tel Jean Lurçat par exemple, a toujours combattu les « ateliers de réalisation ». Pour Felix Haspel, le travail d'artiste a lieu principalement sur le métier à tisser et la division du travail dans les manufactures de cartonniers et de teinturiers jusqu'aux tisserands salariés « tuent » les dessins d'artiste.

Le peintre en tant que concepteur doit donc être également le réalisateur sur le métier à tisser. Le dessin n'est qu'un croquis, le métier à tisser: l'instrument. L'un et l'autre doivent donc être exécutés et maniés de la même main. La laine est des matériaux des plus sensibles. Elle a une luminosité extrême et permet, grâce à sa composition de différents fils teintés par l'artiste lui-même, d'obtenir des surfaces vivantes et lumineuses. Cet ancien technique gothique – elle-même issu de techniques ancestrales telles que celle des étrusque « kilim » - tissée avec jusqu´à dix fils par centimètre permet de créer en toute virtuosité n’importe quelle couleur et surface imaginable.
Bien qu'Haspel touche à d'autres techniques artistiques, le tissage reste, à côté de la peinture, de la sculpture et du graphisme, moyen d’expression le plus marquante.
Les aspects « textiles » se retrouvent surtout dans ses sculptures.

Sculptures

Felix Haspel est un sculpteur utilisant des éléments textiles comme moyen d'expression, que ce soit pour des réalisations en fer ou en pierre.

En particulier dans le domaine de la sculpture, il modèle ses sujets sous certaines contraintes en les pressant ou les compressant. Par ailleurs, il n'hésite pas à détourner des objets obsolètes de la vie courante, des objets ayant le statut de « jetable », pour leur donner une deuxième vie les rendant ainsi plus authentiques encore.

Ainsi, la rouille, témoin et précurseur de la disparition d'un objet de notre société de consommation devient un élément de qualité parfaitement intégré dans le travail de l'artiste. En élargissant les moyens d'expressions du textile classique avec des matériaux, comme la pierre, le bois ou le fer, l'artiste s'ouvre de nouveaux moyens d'expressions, sans négliger pour autant les principales formes d'expression du textile. Avec l'aide de moules combinés d'objets de la vie courante, les matériaux comme le béton, le ciment ou le sable quartzeux sont pressés pour leur donner une forme particulière; puisqu'il reste suffisamment d'espace libre, le matériau s'écoule spontanément. Cette formation spontanée au moment du moulage laisse à l'artiste tout loisir d'intervenir comme il l'entend.

Luminaires

Felix Haspel conçoit et réalise toutes sortes de luminaires pour des mises en scènes particulières. Il travaille sur commande. 
Il utilise de la fibre de verre luminescence, des diodes, du métal du verre ou diverses matières synthétiques. Ici aussi, l'aspect du textile prédomine. Les fibres de verre sont tressées, le verre en fusion est plissé et plié, les parties métalliques pliées entre elles.

De même que pour les aquarelles, on retrouve ici les éléments et les différents matériaux impliquant la lumière comme une énergie visible et unifiante dans le rythme d'un paysage.

Aquarelle

Le peintre Félix Haspel laisse  couleurs et pensées affluer dans un jeu changeant et les rend ainsi visibles au spectateur. Ses aquarelles, elles aussi, sont inspirées de ses nombreux voyages dans les déserts d'Afrique du Nord où la lumière est omniprésente. Chacune de ses aquarelles évoque le rythme et la mélodie des paysages qui l'inspirent.

Il exécute les petits travaux et les croquis directement sur place, quant aux travaux plus importants, ceux-ci sont réalisés dans son atelier à Vienne. Par cette technique de peinture, Haspel laisse libre cours à ses impressions intérieures et ses pensées se fondent dans les couleurs de ses aquarelles. Ses peintures ne sont pas des représentations de paysages réels, mais plutôt des images intérieures, une quintessence du vécu, du ressenti et du souvenir. Ces images sont moins orientées sur la géologie que sur la sensibilité de l'observateur. L'artiste met plus en image ses pensées du désert que le paysage réel qu'il a sous les yeux.
Contrairement aux autres disciplines, telle la tapisserie où le projet est planifié, exigeant un travail de plusieurs mois, ou celle de la sculpture dans laquelle la spontanéité n'est possible que dans certaines phases de la réalisation, l'aquarelle est un travail direct et impulsif. L'immédiat entre la pensée et l'action, entre les souvenirs et l'expression est impératif. Il n'y a aucune place pour la correction. Ici l'artiste ne fait qu'un avec son pinceau, son expression est donc totalement personnelle.

Le Land art

Il n'y a aucun endroit au monde où la perception est aussi précise que dans le désert. Le désert est un endroit crucial pour Félix Haspel, car il est la patrie de l'instant.
Félix Haspel n'hésite pas dire que « lorsque nous prenons une pierre dans la main, nous la prenons comme le faisait l'homo sapiens il y a 200 000 ans, mais nous y apportons notre connaissance, notre philosophie, notre influence culturelle. Dans chaque culture, le langage des signes et celui du symbolisme est un dialogue avec la nature. Le fait de pendre une pierre dans la main, par exemple, peut se traduire comme un dialogue avec cette pierre. Ce processus archaïque de langage est impressionnant lorsque l'on se plonge dans ces contrées aussi spectaculaires que celles rencontrées au Sahara. L'homme, d'ailleurs, a commencé à développer une mémoire collective en dessinant ou en gravant ses premières ébauches artistiques que l'on découvre encore aujourd'hui... L'artiste, lui, participe à la construction de cette mémoire collective depuis des millénaires ».
Pour Félix Haspel, voyager dans le désert, c'est aussi se confronter à un environnement hostile en dialoguant avec les éléments naturels peu amènes. L'étendue et l'infini du désert sont paradoxalement l'endroit idéal pour exprimer artistiquement son vécu. L'instant prime dans le processus créatif. La force de l'œuvre créatrice est mue par le courage de donner à l'instant la plus haute importance; de plus, le « hier et le aujourd'hui » se confondent entre éléments et sentiments, surtout lorsque l'on se trouve sur un sol aussi peu amène que celui d'un désert. Il faut beaucoup de temps pour apprivoiser le désert. On le fait petit à petit, pas à pas, avec beaucoup de patience. La relation entre l'homme et le désert ne peut se développer qu'après les premières impressions de grandeur, d'immensité etc. L'homme n'ose pas s'approprier le désert, il n'ose pas le tutoyer, il s'en approche peu à peu avec beaucoup d'humilité, prudemment et c'est dans cette démarche que s'éveillent la sensibilité et l'inspiration de l'artiste. Félix Haspel, qui a réalisé de nombreux projets de Land art dans les déserts d'Afrique du Nord, en est tout à fait convaincu et toute son œuvre est une sorte de dialogue entre lui-même et le désert qu'il ne cesse de découvrir encore et encore ...